La Première Guerre mondiale prit fin à 11 heures du matin le 11 novembre 1918.

Des représentants des gouvernements alliés vainqueurs établirent les conditions du traité de paix, le Traité de Versailles, à la Conférence de paix de Paris en 1919. Selon l’une des dispositions convenues du Traité, les gouvernements alliés pouvaient poursuivre des criminels de guerre allemands présumés devant des tribunaux militaires. Les Alliés présentèrent au gouvernement allemand une longue liste de près de 900 cas. Des Allemands nationalistes étaient outrés en voyant que la liste renfermait des noms de nombreux héros nationaux. Beaucoup d’Allemands trouvaient aussi que c’était inéquitable puisque seulement des Allemands seraient poursuivis pour crimes de guerre alors que des crimes de guerre avaient prétendument été commis par des belligérants de tous les côtés. L’opposition aux procès était farouche au point où certains observateurs croyaient que si les gouvernements alliés avaient mené les procès comme cela était prévu, le gouvernement allemand aurait été renversé, ce qui aurait provoqué du chaos dans la société et dans la vie politique. Pour maintenir une apparence de stabilité en Allemagne, les Alliés firent des compromis. Ils raccourcirent la liste des inculpés pour y laisser seulement quarante-cinq noms et les procès devaient être menés par le gouvernement allemand dans une ville allemande, Leipzig. En fin de compte, vu que beaucoup des criminels de guerre présumés disparurent ou moururent avant que ne commencent les procès, il ne restait que douze qui durent faire face à la justice.

Pour ces raisons et plusieurs autres raisons, le grand public à l’extérieur de l’Allemagne trouvait que les procès n’étaient qu’une farce. Toutefois, les procès ont constitué un précédent historique important : les atrocités commises dans la guerre, du moins celles commises par les perdants, sont punissables par les tribunaux. En dépit de plusieurs lacunes, les procès représentaient une tentative, pour reprendre les propos de Claud Mullins, un juriste britannique et un observateur contemporain, de ne pas assouvir une soif de vengeance mais plutôt de << rétablir le règne de la loi et les principes de l’humanité >> et de condamner le système qui permit la commission de crimes de guerre.

Après la guerre, on ne savait pas où se trouvait le premier lieutenant Helmut Patzig, le commandant du U-boot qui avait coulé le LLANDOVERY CASTLE, ou bien il n’entrait pas dans la compétence du tribunal.

En rassemblant des preuves contre Patzig chez son équipage, la cour allemande est parvenue à la conclusion qu’elle pouvait poursuivre à sa place ses deux officiers subordonnés, Ludwig Dithmar et John (Johann) Boldt, pour leur rôle dans l’atrocité.

Il y eut mise en accusation de Dithmar et de Boldt pour leur complicité de meurtre et l’exécution d’un ordre illégal. Au cours du procès, les deux hommes refusèrent de parler des événements du 27 juin 1918 en raison de leur promesse faite à Patzig. Pour le punir, on congédia Dithmar de la marine ; vu que Boldt avait déjà quitté la vie militaire, on lui ordonna de ne pas porter son uniforme. De plus, les deux hommes furent condamnés à une peine d’emprisonnement de quatre ans.

Dans les pays alliés, le public a largement perçu que ces peines étaient bien trop clémentes. Toutefois, bien des Allemands s’indignèrent car ils trouvaient que les officiers du U-boot étaient des héros qui avaient agi ainsi pour la défense du peuple allemand et sous les ordres de leur officier supérieur. D’autres Allemands croyaient tout simplement que les procès étaient en général injustes et humiliants.

En novembre 1921, John Boldt s'est évadé de la prison. Ludwig Dithmar en a fait de même en janvier 1922. Ces évasions se sont faites avec l'aide d'un groupe secret de droite et ultra-nationaliste, l'Organisation Consul (OC). Ce groupe était impliqué dans une foule de tentatives d'assassinats et des assassinats réussis de politiciens de la République de Weimar et d'autres adversaires politiques. En 1928, lors d'une séance à huis clos, le gouvernement allemand a révoqué le verdict de culpabilité à l'encontre de Dithmar et de Boldt. En 1931, il a accordé une amnistie à Patzig pour ses crimes.

Question :

  1. La plupart des observateurs contemporains trouvaient que les Procès de Leipzig avaient échoué. Pourtant, on pourrait y voir un précédent historique qui permettait la tenue du Procès de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale et la création, de nos jours, de tribunaux internationaux des droits de la personne. À votre avis, les Procès de Leipzig représentaient-ils une réussite ou un échec ? Donnez vos raisons.